Beaumonts nature en ville


Champignons d’hiver by beaumonts

Certaines espèces de champignons ne fructifient qu’en hiver, d’autres peuvent fructifier toute l’année, selon les conditions de température, d’humidité et d’autres paramètres. Beaucoup d’Ascomycètes apparaissent donc souvent en février et au début du mois de mars. Certains d’entre-eux sont associés à une seule plante hôte, d’autres sont moins exigeants et consomment la matière organique de plusieurs essences.

1) L’Ascomycète Mazzantia galii se développe à la fin de l’hiver et fructifie souvent en février-mars sur les tiges mortes du Gaillet gratteron. Il s’agit donc d’une espèce saprophyte.

Le Gaillet gratteron (Galium aparine) est une espèce très commune de la famille des Rubiacées. Cette plante annuelle possède des tiges de section carrée couvertes de petits crochets, tout comme les feuilles et les fruits. Les feuilles sont réunies en verticille par groupe de 6 à 10. Les fleurs blanches sont très petites. Essentiellement auto-pollinisées elles donnent naissance à des fruits (akènes globuleux) qui forment deux petites boules réunies et munies de petits crochets. Ses graines peuvent donc se disperser facilement en s’accrochant à la fourrure des animaux de passage, et aussi au pantalons et chaussettes des promeneurs! Cette plante affectionne les friches nitrophiles et côtoie les Orties.

Tiges de Galium aparine couvertes du champignon Mazzantia galii, Beaumonts, 12 mars 2018,
Photo André Lantz

Le champignon forme de petites taches ellipsoïdes noires sur les tiges sèches. En ouvrant la tige on peut observer deux logettes formées par la fructification de l’ascomycète. On peut y prélever les asques et les spores.

Coupe de la tige et du champignon montrant les deux logettes, 12 mars 2018 cliché André Lantz
Asque contenant les spores. 1 petite division = 1 µm. (12 mars 2018), cliché André Lantz

2) Le Géopore des cèdres Geopora sumneriana est un ascomycète inféodé aux Cèdres. C’est un champignon mycorhizien. En effet, si les champignons mycorhiziens associés aux arbres caducs ne fructifient pas en hiver car leurs hôtes sont en repos, les conifères comme les cèdres gardent une activité réduite suffisante pour assurer la fructification de certaines espèces de champignons.

Geopora sumneriana, Beaumonts, 12 mars 2020, cliché André Lantz

L’apothécie (la fructification en forme de disque) au départ souterraine (hypogée) s’ouvre ensuite formant une étoile. Cette espèce ne se trouve que sur les pelouses situées sous les cèdres. Cette espèce, commune dans le Bois de Vincennes, n’avait pas encore été observée au Parc des Beaumonts. Cet hiver doux et pluvieux a été très favorable à sa fructification.

asque de Geopora sumneriana contenant 8 spores guttulées. une petite division = 2,5µm, Cliché André Lantz

3) La Suie de l’Érable Cryptostroma corticale est un ascomycète parasite des Érables (Érable sycomore et Érable champêtre). Ce parasite cause la mort de son hôte. Sa propagation est favorisée par le stress des arbres, suite à des épisodes de sécheresse prolongée, à la canicule, au tassement du sol, à la mise en lumière des arbres… La propagation s’effectue par les conidies. (Les conidies ou conidiospores résultent de la multiplication asexuée des champignons produite par des mitoses successives). Ces conidies pénètrent dans les arbres sains par de petites blessures et vont donner naissance à des hyphes qui vont se développer sous l’écorce. Les hyphes vont ainsi former une couche d’environ 1mm d’épaisseur et produire à nouveau des conidies. L’écorce va casser laissant apparaître la masse noirâtre des conidies qui ressemble à de la suie.

Erable ayant perdu une partie de son écorce du à Cryptostroma corticale, Beaumonts, 18 mars 2020, cliché André Lantz

Les spores vont à leur tour être dispersées par le vent pour atteindre d’autres arbres. Ces spores peuvent provoquer de graves problèmes respiratoires aux personnes présentant déjà des difficultés (asthme, granulomes pulmonaires). Les gestionnaires d’espaces verts cherchent à limiter la propagation de la suie des Érables en abattant et brûlant ou exportant les matériaux abattus.

600 arbres ont ainsi été abattus par la ville de Paris en 2005, sur un effectif de 55000 Érables, essentiellement dans les bois de Boulogne et de Vincennes.

Cette maladie de l’Érable a été signalée la première fois en Europe à Londres en 1945.

4) La Daldinie concentrique Daldinia concentrica est un ascomycète saprophyte. Ses fructifications peuvent rester pérennes sur plusieurs années. Ainsi on peut observer sa croissance sur plusieurs mois, voir plusieurs années. De forme plus ou moins hémisphérique elle est brun rougeâtre à noirâtre. Elle ne présente pas de pied et adhère aux grosses branches ou troncs. Ce champignon a une préférence pour le Frêne. A la coupe on peut admirer les zones concentriques qui se sont formées lors de sa croissance.

Daldinia concentrica sur Frêne, Beaumonts, 18 décembre 2019, cliché André Lantz
Coupe de Daldinia concentrica, 20 mars 2018, cliché André Lantz

5) L’Exidie à noyau (Exidia nucleata = Myxarium nucleatum) est un basidiomycète saprophyte. Elle fait partie de la Famille des Tremellacées. D’1 à 3 cm, elle présente un aspect gélatineux, un peu cérébriforme blanc plus ou moins translucide. Elle se caractérise par rapport à d’autres espèces voisines par la présence dans la masse gélatineuse de petits cristaux blanc d’oxalate de calcium, qui contrastent avec la masse translucide. Il se trouve essentiellement sur les bois morts bien humide.

Exidia nucleata, Beaumonts, 18 décembre 2019, cliché André Lantz

6) Postia stiptica = Oligoporus stipticus est un joli polypore tout blanc. C’est aussi un basidiomycète saprophyte. Il pousse en automne sur le bois mort, surtout de conifère. C’est un champignon spongieux et particulièrement amer et astringent !

Postia stiptica, Beaumonts, 23 novembre 2019, cliché André Lantz
Postia stiptica, Beaumonts, 23 novembre 2019, cliché André Lantz

7) Rhodotus palmatus est un très joli champignon de couleur rose ou abricot. Il appartient à la famille des Dermolomatacées. C’est un basidiomycète saprophyte. C’est un champignon plus « classique » car il possède un pied souvent excentré et un chapeau portant des lames. Sa couleur et sa bonne odeur d’abricot permettent de le déterminer très facilement. Cette espèce se trouve sur les bois morts d’Orme. La raréfaction des ormes causée par la maladie de l’orme a rendu ce champignon beaucoup plus rare. Cependant il semble s’adapter à d’autres essence car il a été photographié au parc des Beaumonts sur un tronc mort de marronnier. Des observations franciliennes récentes de cette espèce ont également signalé sa présence sur d’autres essences d’arbres que l’Orme.

Rhodotus palmatus, Beaumonts, 3 décembre 2019, cliché André Lantz

André Lantz le 25 mars 2020.