Beaumonts nature en ville


Biodiversité au Parc des Beaumonts by beaumonts
  1. Les Naturalistes du parc des Beaumonts ont déjà signalé par le passé les difficultés inhérentes à la gestion du lieu, pourtant classé Natura 2000 dans la directive « Oiseaux ».  Nous avons envoyé une lettre à la mairie de Montreuil ainsi qu’au Comité de pilotage (COPIL) du site départemental Natura 2000. A ce jour nous n’avons reçu que la réponse du COPIL Natura 2000 qui propose une réunion devant se tenir en mai 2017. Nous n’avons rien reçu des édiles de Montreuil.

Voici la lettre qui a été envoyée:

Le 7 mars 2017,

La gestion du parc des Beaumonts

A l’intention des membres de la municipalité de Montreuil (93) et des responsables du COPIL du site Natura 2000 de Seine-Saint-Denis

Pour la municipalité de Montreuil :

M. Patrice Bessac, maire de Montreuil

M. Ibrahim Dufriche-Soilihi1er Adjoint délégué à la transition écologique et nature en ville

Le parc des Beaumonts fait partie des quinze entités réunies dans le site Natura 2000 de Seine-Saint-Denis.

La municipalité de Montreuil bénéficie à ce titre d’un parc classé de la directive « Oiseaux  » du réseau Natura 2000. Elle a donc l’obligation de gérer et d’entretenir le site afin de conserver ou d’améliorer la biodiversité présente.

La gestion du parc certes a été remise (dans quelle mesure ?) à l’intercommunalité, mais nous n’avons jamais été contactés à ce niveau et nous ne savons pas qui est responsable du suivi des Beaumonts.

Nous pensons en tout état de cause que la municipalité ne peut tout simplement pas se désintéresser du parc, dont elle souhaiterait par ailleurs, semble-t-il, le « rapatriement ». Elle peut (nous pouvons) intervenir vis-à-vis de l’agglomération.

Les naturalistes de Beaumonts-Nature en Ville signataires de cette lettre sont en effet loin d’être satisfaits de la gestion du parc. Ils ne sont pas consultés en amont sur les projets de travaux qui sont effectués sur le site et les méthodes de gestion utilisées.

Nous voudrions soulever des questions qui relèvent tant de la gestion courante du parc que d’interventions spécifiques plus « lourdes » (du type aménagement de la friche centrale ou de la mare perchée).

Gestion courante

Ne prenons que deux exemples parmi bon nombre d’autres.

Nous avions signalé en 2016 que la non-remise en eau, en temps voulu, des mares perchée et du milieu avait un impact sur les amphibiens. En ce début de mars 2017, nous nous retrouvons dans une situation encore pire liée à la sécheresse de cet hiver, qui n’est qu’imparfaitement corrigée par l’actuelle vague de pluie.

Tous les saules bordant la mare perchée ont été ébranchés ; nous aurions proposé que certains soient « épargnés » pour les insectes qui sont inféodés à cette essence et pour le déplacement de passereaux. Par ailleurs, toute la roselière nord a été rasée de près. Nous aimerions savoir pourquoi, alors que, même sèche, elle a un rôle de protection très important. Elle ne repoussera que tard en saison, bien après l’arrivée ou la date d’installation d’oiseaux nicheurs. Il est à craindre, par exemple, que la rousserolle effarvatte ne niche pas cette année, si la roselière sud ne lui suffit pas.

Nous ne disons pas que tout est mal fait, tant s’en faut ; mais que la concertation en amont est utile, nécessaire. Nous reconnaissons volontiers qu’un effort notable a été consenti par les responsables sur le terrain pour prendre en compte les conditions particulières de gestion d’un tel site : éviter de faucher certaines parcelles, en faucher d’autres suffisamment tôt pour ne pas contrarier la reproduction (notamment des insectes et araignées), utiliser les branchages coupés pour créer des abris pour la faune…

Interventions « lourdes »

Nous avons pu suivre l’aménagement de la friche centrale, ce qui était une bonne chose. Il n’en est plus de même, alors que l’objectif (une prairie fleurie) n’a pas été atteint l’année dernière. Nous espérons que les coupes récentes aideront en 2017 à en reconstituer une, mais nous aimerions connaître l’avis des services des espaces verts sur ce qui a marché comme prévu, après l’aménagement, et ce qui ne l’a pas.

La question des prises de décision concernant la mare perchée est pour nous particulièrement inquiétante. Nous avons participé aux études initiales sur le nouvel aménagement de la mare, conduisant à la définition d’un projet qui aurait représenté un progrès réel. Tout a depuis été remis en cause sans que nous n’en soyons jamais informés. Les coûts seraient prohibitifs. Nous ne savons pas si des subventions (projet Natura 2000) ont été demandées, à qui, et pourquoi elles auraient été refusées. Nous ne savons pas plus quel « plan B » est envisagé pour la mare perchée en particulier et la zone humide en général. Car si le « plan A » est véritablement abandonné, il faut bien un « plan B », n’est-ce pas ?

Le Conseil Scientifique du parc des Beaumonts qui avait été créé à notre demande ne s’est plus réuni depuis le départ de Didier Gleyzes en 2013.

Nous considérons que le rôle du conseil scientifique est de discuter en amont des projets de travaux sur le parc, en tenant compte des contraintes techniques, mais aussi des avis des naturalistes. Ce conseil n’a pas pour vocation d’être une simple chambre d’enregistrement, mais d’un lieu où sont envisagées des interventions qui seront mises en application en fonction des avis étayés éventuellement par des études scientifiques pour améliorer la biodiversité.

Nous nous adressons aujourd’hui à la mairie et au copil Natura 2000 du département de Seine-Saint-Denis et nous souhaitons qu’elle fasse part de notre inquiétude à l’Intercommunalité.

Bien à vous,

Des naturalistes de BNEV :

Pierre Rousset; André Lantz; Thierry Laugier; Thomas Puaud; Alexis Martin; David Thorns.

2. Quelques inventaires viennent d’être publiés concernant l’avifaune et l’entomofaune des Beaumonts.

Vous pourrez retrouver les oiseaux qui ont été observés au parc ou en survol par  David Thorns avec la traduction française assistée par Isabelle Merle, sur son site à l’adresse suivante < http://www.skutchia.com/annualreport2016-fra >

Un inventaire des Lépidoptères du parc des Beaumonts, reprenant les données d’observations entre 2009 et 2016 est paru dans le n° 37 de la revue Oreina (Les papillons de France) en mars 2017. Cet article n’est pas encore en ligne sur le site de cette revue. Nous atteignons presque un chiffre de 300 espèces déterminées sur le site. Une comparaison avec les sites des coteaux d’Avron et les Jardin du MNHN de Paris termine cette étude. Vous pouvez le consulter ici

3. Voici quelques images d’insectes prises cette année.

L’azuré des Nerpruns (Celastrina argiolus) est un petit  papillon bleu clair qui préfère souvent les sous-bois aux prairies trop vivement ensoleillées.

Azuré des Nerpruns, Beaumonts le 25 mars 2017, cliché André Lantz

Cet imago est en train de pomper les gouttes d’eau disposées sur le feuilles de Ficaire.

Le collier de corail (Aricia agestis) a été très précoce cette année. Habituellement on ne le voyait voler qu’à partir de juin.

Collier de corail, Beaumonts, 21 avril 2017, Cliché André Lantz

Cet imago est en train de butiner les fleurs de Passerage.

L’aurore (Anthocharis cardamines) est très régulière au parc et s’observe chaque année au début avril. Cette année les premiers imagos ont été observés dès la fin mars.

Aurore mâle, Beaumonts le 7 avril 2017, cliché André Lantz

L’Adèle Nematopogon swammerdamella est blonde et les ailes antérieures sont finement réticulées. L’imago sort habituellement en avril. Plusieurs adultes ont été notés en avril 2017.   la photo ci-dessous montre la face ventrale de l’imago.

Nematopogon swammerdamella Beaumonts, 13 avril 2017 cliché André Lantz

Sur la suivante on peut  distinguer l’aile antérieure qui recouvre la postérieure et la présence d’une fine réticulation.

Nematopogon swammerdamella, de profil, face dorsale, Beaumonts, 13 avril 2017, cliché André Lantz

L’adèle de Réaumur (Adela reaumurella) est d’un joli vert métallique. Les mâles aux longues antennes volettent au soleil en essaim au dessus de la végétation arbustive, tandis que les femelles aux antennes plus courtes restent souvent posées dans la végétation basse. Il est rare de pouvoir photographier une femelle en train de butiner comme sur ce cliché.

femelle de l’Adèle de Réaumur butinant une fleur d’Anthrisque, Beaumonts, 13 avril 2017, cliché André Lantz

Le temps parfois un peu frais de cette dernière période n’est pas un obstacle pour les observations de diptères qui sortent à des températures parfois inférieures à une dizaine de degrés.

Les syrphes se rencontrent aussi bien dans les parties boisées que les stations dégagées.  Ce Syrphe élégant (Epistrophe eligans)est caractérisé par un dimorphisme sexuel prononcé. La larve se nourrit de pucerons comme beaucoup d’autres espèces de Syrphe. Cette femelle est posée en sous-bois sur les Anthrisques.

Femelle d’Epistrophe eligans, Beaumonts, 13 avril 2017, cliché André Lantz

Ce joli syrphe de la photo suivante (Dasysyrphus albostriatus), en dehors de sa livrée jaune et noire, est caractérisé en particulier par deux bandes claires sur le thorax noir. Il se rencontre facilement sur les fleurs ou les herbes. Il n’avait pas encore été photographié sur le site.

Dasysyrphus albostriatus, Beaumonts, 13 avril 2017, cliché André Lantz

Les Bibions sont des diptères précoces de la famille des Bibionidae. Ils se caractérisent par leur teinte sombre, un abdomen assez large, des antennes courtes et une pilosité abondante. Les larves sont terricoles saprophages et peuvent se nourrir des racines de diverses plantes. Le Bibion le plus connu est la mouche de Saint-Marc (Bibio marcii) qui peut quelquefois pulluler. On peut souvent les observer en essaim au soleil au dessus des branches d’arbres ou arbustes. Lors du vol les pattes postérieures pendent vers le bas. Des adultes se trouvent également parmi la végétation surtout lorsqu’il ne fais pas encore suffisamment chaud. Le dimorphisme sexuel est bien marqué. Le mâle possède des yeux poilus de grande taille qui prennent pratiquement tout le volume de la tête, alors que ceux de la femelle sont nettement réduits. Ils sont apparus un peu en avance sur la saison ce printemps 2017.

mâle de Bibio marcii, sur une fleur de pommier, Beaumonts, 7 avril 2017, cliché André Lantz

Un autre Bibio a été observé cette année au Parc des Beaumonts. Je l’avais déjà noté dans le Bois de Vincennes (Paris 12) en 2016. Il a aussi été trouvé au jardin des plantes par Axel Dehalleux qui a pu le déterminer. Il s’agit de Bibio anglicus. c’est une espèce de taille bien inférieure à la mouche de Saint- Marc.

Le dimorphisme sexuel est aussi particulièrement prononcé. Le mâle est noir avec de gros yeux et la femelle possède un abdomen jaune-orangé et un thorax rougeâtre. Voici la femelle posé dans la végétation.

Femelle de Bibio anglicus, Beaumonts, 7 avril 2017, cliché André Lantz

 

Couple de Bibio anglicus, Bois de Vincennes (Paris 12), 18 avril 2017, cliché André Lantz

Voici un couple de cette espèce photographié au Bois de Vincennes. Le mâle noir est à gauche et la femelle à droite.

Parmi les libellules, le leste brun ou brunette hivernale (Sympecma fusca) sort de sa torpeur aux premiers beaux jours. Contrairement aux autre libellules européennes, cette espèce hiberne à l’état imaginal. De part sa taille et sa coloration, cette petite espèce peut passer facilement inaperçue.

Femelle de Brunette hivernale, Beaumonts, 27 mars 2017, cliché André Lantz

 

André Lantz le 25 avril 2017



Bilan 2015 du suivi des amphibiens du parc des Beaumonts by beaumonts

Bilan 2015 du suivi des amphibiens du Parc des Beaumonts de Montreuil (93)

Liste des observateurs :

Angélique Allombert, Anne-Isabelle Barthelemy, Stéphanie Bréhard, Matthias Colin, Pierre Delbove, Loïc Jugue, Caroline Lahmek, André Lantz, Alexis Martin, Julien Norwood, Philippe Pirard, Nicolas Primault, Yves Primault, Thomas Puaud, Quentin Rome, Liam Schaffer, Wim Schaffer, David Schaffer, Pierre-Luc Vacher, Sylvie Van Den Brink

Pour participer au suivi des amphibiens du parc, vous pouvez contacter l’association Beaumonts Nature en Ville. Les amphibiens sont des espèces fragiles. Elles sont protégées. Pour tout travail scientifique de suivi nécessitant de les capturer, il est nécessaire d’obtenir une autorisation préfectorale. Hors de ce cadre, il est strictement interdit de les capturer. Nos sorties groupées permettent en outre de les observer en limitant le piétinement des berges et le dérangement des animaux.

Le suivi 2015 des amphibiens du Parc des Beaumonts a reposé cette année sur sept sorties nocturnes, soit deux de plus qu’en 2014. Elles se sont déroulées pour l’essentiel de février à avril. Une sortie au mois d’août dédiée initialement aux verts luisants nous a en outre permis d’observer et de compter un grand nombre d’amphibiens, dont les chiffres sont inclus aux résultats du suivi. Les sorties ont permis de rassembler 20 observateurs de tous les âges, tous bénévoles, de Montreuil et des villes voisines.

Pour réaliser le suivi, nous avons parcouru à la nuit tombée les sentiers reliant la Mare de la Brie, la Petite Mare et la Mare Perchée, toujours dans cet ordre et suivant le même cheminement. Pour chaque mare, toute la berge est parcourue intégralement et tous les amphibiens adultes visibles à la lampe sont identifiés et comptés. Tous les animaux visibles dans les fossés le long du chemin, et sur le chemin lui-même, sont également identifiés et comptés.

Au total, 1105 amphibiens adultes ont été observés et comptés cette année ! Ce chiffre n’inclue pas les têtards et les pontes, observés parfois en abondance, mais sans faire l’objet d’un comptage. En 2014, 286 amphibiens adultes avaient été observés dans le cadre du suivi. Les effectifs de 2015 sont nettement supérieurs, même si le nombre de sorties était plus important.

Inventaire des espèces : de nouvelles confirmations de présence

La présence de sept espèces a pu être attestée cette année :

– le triton palmé Lissotriton helveticus, le triton ponctué Lissotriton vulgaris et le triton alpestre Ichtyosaura alpestris pour les urodèles,

– le crapaud commun Bufo bufo, l’alyte accoucheur Alytes obstetricans, la grenouille rieuse Pelophylax ridibundus et la grenouille rousse Rana dalmatina pour les anoures.

Le doute concernant la présence conjointe du triton palmé et du triton ponctué a été levé. Ces deux espèces du genre Lissotriton sont présentes en très faibles effectifs sur le site, ce qui de fait limite fortement le nombre des observations. En outre, il est très difficile voire impossible de les différencier sans les capturer, tant elles se ressemblent. Cette année, nous avons toutefois pu observer à deux reprises les deux espèces simultanément et confirmer ainsi avec certitude leur présence conjointe.

triton ponctué en phase terrestre migrant dans le parc des Beaumonts, Août 2015, cliché Quentin Rome

triton ponctué en phase terrestre migrant dans le parc des Beaumonts, Août 2015, cliché Quentin Rome

mâle de Triton ponctué en phase aquatique et livrée nuptiale, parc des Beaumonts, 19 mars 2015, cliché André Lantz

mâle de Triton ponctué en phase aquatique et livrée nuptiale, parc des Beaumonts, 19 mars 2015, cliché André Lantz

 La question de la présence éventuelle de la grenouille agile reste posée. Aucun individu adulte de grenouille du genre rana, qu’il s’agisse de la grenouille agile ou de la grenouille rousse, n’a été observé. La présence du genre n’est attestée que par l’observation des pontes. Les seules que nous avons pu identifier avec certitude ont été attribuées à la grenouille rousse.

La grenouille rousse est ainsi présente sur le site. Toutefois, sans comptage systématique des pontes et faute d’avoir réussi à observer les adultes, nous n’avons pas pu en évaluer la population. La “reproduction éclair” des grenouilles rousses dure seulement quelques jours, et sans surveillance quotidienne des mares il est difficile de pouvoir observer les animaux reproducteurs. Le suivi 2016 devra intégrer une estimation de l’abondance des pontes, par comptage des amas et/ou estimation de leur surface.

De la même manière, le suivi n’a pas permis d’évaluer la population d’alytes accoucheurs. Les adultes sont occasionnellement entendus et observés durant le printemps, mais principalement hors de la période que nous avons retenue pour le suivi. A l’âge adulte, l’espèce fréquente en outre très peu les mares. Les têtards de l’alyte peuvent en revanche être observés dans les mares au moment où les tritons se reproduisent. Facilement identifiables et de grande taille, ils feront l’objet d’un comptage en 2016 pour que nous puissions disposer de chiffres sur l’état de la population.

Les enjeux de conservation

La principale crainte que nous avions en démarrant le suivi 2015 concernait les impacts possibles sur les amphibiens des travaux paysagers lourds menés dans le parc à l’automne 2014. Les travaux de défrichage massif et de réouverture de la prairie, menés à l’aide de gros engins de chantier, laissaient craindre le pire. Les prairies et milieux boisés accueillent en effet les tritons, les grenouilles et les crapauds lors de la phase terrestre de leur cycle, de l’été jusqu’au printemps suivant. Nous craignions que de nombreux animaux aient pu être tués lors de ces travaux ou que leurs zones refuges, vitales pour traverser la période d’hibernation, aient pu être détruites.

Les comptages de 2015 ne nous ont toutefois pas permis de mettre en évidence ni de chiffrer un tel impact, les observations ayant même été en forte hausse par rapport à 2014.

En revanche, une mauvaise surprise est venue cette année du niveau d’eau général dans le réseau, de conditions climatiques qui ont retardé la période de reproduction et de la difficulté pour l’association d’obtenir une réaction rapide des services techniques de la ville.

L’hiver très sec n’a pas permis aux mares d’être alimentées en eau par les pluies. Ainsi début mars, l’essentiel du réseau était sec à l’exception de la Mare de la Brie et d’un tout petit secteur de la Petite Mare ou Mare du Mileu. La Mare de la Brie était en eau grâce à son alimentation naturelle par un affleurement de nappe phréatique, mais à un niveau toutefois très bas. Par rapport à 2014, le froid et la sécheresse ont ainsi retardé d’au moins 15 jours la migration des amphibiens et leur rassemblement dans les mares. Seule la grenouille rousse, toujours en avance, a pu se reproduire et pondre en abondance dans la Petite Mare début mars, dans une des rares surfaces en eau. Nous avons alerté la municipalité pour qu’elle remette en route au plus vite l’alimentation artificielle du réseau, de manière à compenser l’absence de pluie et protéger les pontes. Malheureusement, la remise en eau est intervenue trop tard et toutes les pontes observées début mars étaient mortes 15 jours plus tard, du fait de l’assèchement complet de la Petite Mare durant ces deux semaines. C’est un coup dur pour la grenouille rousse, espèce en régression au niveau national et qui constitue un enjeu de conservation dépassant le seul cadre du Parc des Beaumonts. Des pontes sporadiques plus tardives et des têtards ont pu être observés ultérieurement. Mais cet épisode aura compromis gravement la reproduction de cette espèce emblématique du parc et qui doit faire l’objet d’une attention particulière.

ponte de la grenouille rousse Rana dalmatina, parc des Beaumonts, 19 mars 2015,

ponte de la grenouille rousse Rana dalmatina, parc des Beaumonts, 19 mars 2015,

Les petits tritons restent également une source d’inquiétude. Les effectifs observés sont toujours extrêmement faibles, qu’il s’agisse du triton palmé ou du triton ponctué. En outre, ils semblent exploiter exclusivement la Mare de la Brie et demeurer absents des autres sites. Le triton ponctué est une espèce en régression qui constitue un enjeu de conservation en Île-de-France. Elle devra faire l’objet d’une attention particulière dans les prochaines années.

Le crapaud commun et le triton alpestre sont les amphibiens les plus abondamment observés au Parc des Beaumonts.

Par chance, nous avons programmé une des sorties en plein déclenchement de la migration des crapauds communs, et pas moins de 617 animaux ont été comptés en une seule soirée ! Les centaines d’animaux présents sur les chemins ont obligé ce soir-là tous les observateurs à bien regarder où ils posaient les pieds.

Le triton alpestre est également abondamment observé dans le parc. Les effectifs sont importants, et les adultes sont présents dans les mares sur une longue période, de mars jusqu’à août.

mâle de triton alpestre en phase aquatique et livrée nuptiale, Parc des Beaumonts, , 19 mars 2015, cliché André Lantz

mâle de triton alpestre en phase aquatique et livrée nuptiale, Parc des Beaumonts, , 19 mars 2015, cliché André Lantz

La Mare Perchée reste le site le moins intéressant pour les amphibiens. Cette année, seul le crapaud commun y a été observé en abondance, en nombre plus réduit que dans les autres sites.

La Petite Mare et la Mare de la Brie demeurent essentielles pour la reproduction.

Enfin, le réseau de fossés a encore démontré son importance. De très nombreux animaux y sont observés, tant en déplacement qu’en reproduction. Du fait de l’absence de protection, leur piétinement possible, notamment par les chiens des usagers du parc, demeure un problème.

Et pour 2016 ?

Nous pouvons d’ores et déjà poser quelques perspectives qui nous permettront d’organiser le suivi 2016 :

– quel sera l’impact de la canicule 2015 ? Après un hiver froid et sec, la faune du parc aura affronté la canicule de l’été 2015. Combinée au débroussaillage massif de 2014 qui aura vu se réduire les habitats arbustifs propices à la régulation de la température et de l’humidité, il est possible que la canicule ait impacté le peuplement des amphibiens du parc.

– statut du triton ponctué ? Des investigations devraient être menées pour mieux comprendre le statut du triton ponctué dans le parc, et trouver des solutions pour assurer sa protection.

– comptage des pontes et des têtards ; pour améliorer le suivi et établir des chiffres sur la présence de l’alyte accoucheur et de la grenouille rousse, le suivi 2016 sera augmenté avec le comptage des pontes de grenouille rousse et des têtards de l’alyte.

– observation de la migration dans la prairie centrale ; de nombreux crapauds ont été observés à la lampe en migration dans la prairie centrale, protégée par une clôture. Un comptage particulier pourrait y être conduit.

– constituer une banque de photos complète des amphibiens du parc, incluant les pontes, les larves, les adultes des deux sexes et le milieu.

mettre en place une veille particulière afin de pouvoir intervenir rapidement pour protéger les pontes de la grenouille rousse.

Tableau récapitulatif par date et par station des amphibiens en 2015 : 15_compt_amph

Alexis Martin 31 août 2015



Fin d’Hiver 2015 by beaumonts

Fin d’hiver 2015

Une nouvelle espèce de champignon a fait son apparition au parc Il s’agit du Lenzite des clôtures Gloeophyllum sepiarium. Comme son nom vernaculaire l’indique cette espèce saprophyte privilégie le bois ouvragé aux branches mortes ou souches mortes à terre. Il est donc souvent observé sur les bois de conifères constituant des clôtures ou des ouvrages (ponts, rambardes, clôtures…) dans les parcs et jardins. Il se développe donc le plus souvent dans des endroits secs et ensoleillés. Les fructifications se forment surtout dans les fissures et ont une consistance de liège.On reconnaîtra assez facilement cette espèce par la forme toute en longueur assez particulière de ses fructifications souvent alignés, imbriqués, et couverts de poils rudes sur la face supérieure brunâtre, la face inférieure qui produit les spores est lamellée et forme quelques labyrinthes. La marge du sporophore est beaucoup plus claire que le reste de la fructification.

Lenzite des clôtures, 11 février 2015, cliché André Lantz

Lenzite des clôtures, 11 février 2015, cliché André Lantz

D’autres champignons passent le plus souvent inaperçus, surtout quand ils sont de petite taille. C’est le cas d’un ascomycète qui se développe sur le tiges d’orties mortes de l’an passé (Urtica dioica). Le nom latin est Leptosphaeria acuta (littéralement petite sphère pointue). Les fructifications noires d’environ 0,5mm forment à la base un début de sphère qui est surmontée d’une partie conique. Si le champignon est très petit, les spores sont grandes et peuvent atteindre 60µm.Cette espèce se rencontre de février à avril.

Leptosphaeria acuta sur tige d'Ortie, 6 mars 2015, cliché André Lantz

Leptosphaeria acuta sur tige d’Ortie, 6 mars 2015, cliché André Lantz

 

spore de Leptosphaeria acuta, 6 mars 2015, cliché André Lantz

spore de Leptosphaeria acuta, 6 mars 2015, cliché André Lantz

Les premiers jours ensoleillés ou la température remonte on peut aussi observer les premiers diptères qui sortent. Ce sont des insectes souvent plus précoces car ils peuvent sortir même lorsque les températures restent en dessous d’une dizaine de degrés.

Phaonia subventa fait partie de ces diptères. Le mâle et la femelle présentent tous les deux un abdomen jaune avec une bande longitudinale noir. Comme pour de très nombreuses espèces de diptères le mâle se caractérise par des yeux rapprochés alors que la femelle présente des yeux nettement séparés. Cette espèce n’est pas observée comme les syrphes sur les premières fleurs mais sur les troncs d’arbre bien exposés au soleil et à l’abri du vent.

Phaonia subventa mâle, 9 février, cliché André Lantz

Phaonia subventa mâle, 9 février, cliché André Lantz

Phaonia subventa femelle, 9 février 23015, cliché André Lantz
Phaonia subventa femelle, 9 février 23015, cliché André Lantz

Les premières coccinelles ont aussi fait leur apparition. Il s’agit de la coccinelle à 16 points Halyzia sedemcimguttata. C’est une espèce mycophage qui se nourrit des spores de champignons. Elle n’a donc pas besoin d’attendre l’émergence des premières colonies de pucerons pour sortir.

Coccinelle à 16 points, 4 mars 2015, cliché André Lantz

Coccinelle à 16 points, 4 mars 2015, cliché André Lantz

Elle passe l’hiver protégée sous les écorces des arbres ou dans d’autres abris. La couleur de fond orange est agrémentée par 8 points blancs sur chacune des deux élytres. Un alignement de 5 points près du bord interne des élytres et 3 points formant un triangle plus près du bord costal.

Le pronotum est marqué par 3 taches jaune. Enfin les deux yeux noirs assez volumineux pour une coccinelle sont disposé sur la tête extérieurement aux antennes. Les bords costaux des élytres et du pronotum sont translucides.

La majorité des coccinelles se trouvent encore sur les troncs entre les écorces, d’autres se cachent sous des feuilles vertes de lierre ou de plantes à feuilles persistantes. Quelques unes à la face supérieure.

coccinelles à 16 points disposées entre les écorces, 1 mars 2015, cliché André Lantz

coccinelles à 16 points disposées entre les écorces, 1 mars 2015, cliché André Lantz

Dans le cliché ci-dessous les coccinelles sont disposées sur des feuilles de Pyracantha. Les feuilles présentent des taches claires. En fait le parenchyme de la feuille est consommé par une chenille mineuse du genre Phyllonorycter.

Coccinelles à 16 ponts sur feuilles minées, 1 mars 2015, cliché André Lantz
Coccinelles à 16 ponts sur feuilles minées, 1 mars 2015, cliché André Lantz

La chenille qui mesure environ 3 mm à l’état adulte a été photographiée dans sa feuille mais par transparence ce qui fait ressortir ses principaux traits qui confirment bien cette espèce.

chenille dans sa feuille de P. leucographella, 13 mars 2015, cliché André Lantz

chenille dans sa feuille de P. leucographella, 13 mars 2015, cliché André Lantz

Ce genre se compose d’une centaine d’espèces en France. Les microlépidoptères adultes ont des ailes allongées ne mesurant pas plus de 3 à 6 mm. Les ailes antérieures sont assez colorées et marquées par des motifs en strie d’écailles claires et sombres. Il est parfois plus facile de déterminer l’espèce par la forme de la mine creusée par la chenille et la connaissance de la plante hôte que par les dessin des ailes.

Phyllonorycter leucographella, 19 avril 2014, cliché André Lantz
Phyllonorycter leucographella, 19 avril 2014, cliché André Lantz

Phyllonorycter leucographella est une espèce qui se développe sur les rosacées et particulièrement sur les Pyracantha. Différents auteurs indiquent que les mines se trouvent à la face inférieure des feuilles. Au parc des Beaumonts et dans d’autres localité d’Île de France j’ai toujours observé les mines sur la surface supérieure des feuilles.

Les adultes émergent en général au mois d’avril.

Les Cicadelles (Homoptères) sont des petits insectes piqueurs et suceurs de sève. Ils sautent avant de s’envoler. Zygina flammigera est une espèce commune assez facile à identifier, ce qui n’est pas toujours le cas des Cicadelles. Elle se caractérise par un motif rougeâtre formant des dessins sur les élytres. On peut l’observer toute l’année mais la détermination nécessite quand même une loupe car elle ne mesure qu’environ 3 mm à l’état adulte.

Ciccadelle Zygina flammigera, 4 mars 2015, cliché André Lantz

Ciccadelle Zygina flammigera, 4 mars 2015, cliché André Lantz

Zygina flammigera, 11 mars 2015, cliché André Lantz

Zygina flammigera, 11 mars 2015, cliché André Lantz

D’autres cicadelles vertes du genre Empoasca peuvent se débusquer facilement dans la végétation. Ce sont des espèces qui ne peuvent être distinguées sans préparation microscopique.

Empoasca sp, 11 mars 2015, cliché André Lantz

Empoasca sp, 11 mars 2015, cliché André Lantz

Nous n’avons pas lors d’une sortie nocturne fin février observé de batraciens venant pondre dans les mares. Plusieurs facteurs peuvent être à l’origine de ce retard ou du moins grand nombre de batraciens cette année : climat, alimentation de la mare perchée et du ru pas encore mise en service, travaux importants de tronçonnage et de dessouchage dans la friche où séjournent les batraciens cachés pour la saison d’automne et d’hiver qui a pu détruire un nombre important d’adultes.

Cependant nous avons pu photographié plusieurs pontes de la grenouille rousse (Rana temporaria). Cette grenouille est la plus répandue d’ Europe. La femelle pond de plusieurs centaines à queques milliers d’oeufs bicolores qui forment des amas gélatineux. A la différence de la genouille verte, grenouille agile et rainette où les œufs sont immergés, ceux de la grenouille rousse flottent à la surface.

ponte de grenouille rousse, 5 mars 2015, cliché André Lantz

ponte de grenouille rousse, 5 mars 2015, cliché André Lantz

André Lantz le 10 mars 2015.



Protéger la « savane » by beaumonts

Note sur la politique de protection de la « savane »
au parc des Beaumonts (Montreuil, 93)

> Pierre Rousset

On appelle « savane » le centre de la « zone naturelle » du parc des Beaumonts, à Montreuil (93), c’est-à-dire la friche (au sens noble du terme) qui se trouve à l’intérieur du « chemin de ronde » créé lors de « l’aménagement doux » de 1998.

La savane constitue l’un des plus importants éléments qui assurent au parc des Beaumonts sa richesse biodiversitaire et sa variété paysagère comprenant : friche du talus, mares, boisements en bordure de plateau et sur les coteaux, pelouses… Mais, avec les mares, c’est aussi l’un des plus fragiles. Milieu instable, elle est périodiquement en danger de se dégrader et de perdre ce qui fait son intérêt. Des mesures trop temporaires ont été prises jusqu’à maintenant pour la protéger ; malheureusement, nous atteignons à nouveau un point critique dans son évolution. Cette note a pour but de présenter à quels choix nous sommes confrontés en matière de protection de la savane, en retraçant (partiellement) à cette fin l’historique des politiques antérieures et en concluant sur quelques propositions. Vu la question traitée, la marie, qui a la responsabilité de la gestion du parc municipal et, en particulier, de sa « zone naturelle », en est évidemment la première destinataire. Mais cette note s’adresse aussi à toutes celles et à tous ceux à qui l’avenir de parc importe.

Lire la suite



La mare perchée – Enjeux [11 juillet 2008] by beaumonts
juillet 11, 2008, 4:48
Filed under: 5. LES ENJEUX ECOLOGIQUES, Mare

> par Pierre ROUSSET

Parc des Beaumonts, Montreuil (93) :

Note sur la « mare perchée »
dans la « zone naturelle »

Cette note a été envoyée à la marie de Montreuil (93).
De par son caractère, elle peut intéresser toutes celles et ceux qui goûtent la présence de la nature en ville…
                           

Sommaire
  • I/ L’apport spécifique de la mare perchée
  • II/ Une mare n’en remplace pas une autre
  • III/ Remettre en perspective
  • IV/ Projets, aménagement, financement

L’avenir de la « mare perchée » étant en discussion, je pense qu’il faut bien prendre en compte ce qu’elle apporte de particulier au site des Beaumonts et, aussi, remettre cette question en contexte.

 

Sommaire I/ L’apport spécifique de la mare perchée

La situation de cette mare a été critiquée car elle est située au point le plus haut du site. Cela rend évidemment plus difficile la collecte d’eau de pluie ou de ruissellement. Mais cette situation compte aussi beaucoup en ce qui concerne sa richesse biologique et paysagère.

1. La mare perchée est intégrée à la « zone naturelle » (elle-même située en hauteur, sur le plateau). Cela veut dire que c’est (pour les oiseaux et des batraciens) un milieu riche en alimentation. Mêmes les espèces nicheuses inféodées à la mare vont rechercher des insectes alentour. Cela concerne aujourd’hui les poules d’eau et les rousserolles effarvattes. Cela pourrait concerner demain d’autres espèces d’oiseaux comme le bruant des roseaux (qui a manifesté ce printemps des velléités d’installation).

Cela permet aussi une approche plus « rassurante » de la mare (l’animal peut rester à couvert jusqu’à proximité) et cela offre des zones de repli en cas de dérangement (par exemple, quand les poules d’eau sont dérangées par un chien de chasse !). Cela facilite grandement les mouvements, y compris la nuit ceux des batraciens.

2. L’ensoleillement. De par sa situation, la mare perchée est bien ensoleillée. Ceci est très important pour certaines espèces, en particulier les libellules. Or, la mare a accueilli une variété d’espèces de libellules très intéressante (on vient d’en rajouter une ce printemps), qui sont, pour une part, différentes de celles que l’on trouve à la mare du bas (la mare de Brie). Ces deux mares sont complémentaires.

3. La visibilité. Du ciel, la mare est aussi visible de loin. C’est un atout pour les espèces migratrices qui cherchent un lieu de halte.

4. L’accroissement du potentiel de la zone naturelle. La mare perchée contribue à accroître la « biomasse » de la zone naturelle, notamment le nombre d’insectes – dont se nourrissent des espèces qui nichent dans la friche (et pas seulement dans la mare) – en sus de l’intérêt spécifique desdits insectes… Pour tous les insectivores, c’est une donnée importante qui contribue à l’attrait de la « zone naturelle » – la densité des populations d’insectivores présents sur le site en dépend pour une part significative. Si cet attrait reste suffisant, on peut espérer que de nouvelles espèces s’installent à l’avenir. En ce qui concerne l’avifaune (mais les insectivores ne sont pas que des oiseaux), cela pourrait même être le cas de la Pie-grièche écorcheur (déterminant Natura 2000) parfois (rarement !) observée sur le site.

5. L’accès aérien. La mare perchée est la seule où viennent boire en vol les martinets (et hirondelles), car elle est facilement négociable. De même, certaines espèces d’oiseaux viendront plus facilement s’y désaltérer, ou se nourrir sur ses berges (bergeronnettes en migration, etc.) car elles peuvent facilement s’échapper en vol en cas de dérangement.

C’est aussi là que les hirondelles peuvent trouver et collecter de la boue pour construire leurs nids (l’absence de boue est un facteur qui limite leur installation en zone urbaine). Depuis la destruction des bâtiments où nichaient une colonie d’hirondelles de fenêtre, en bordure du parc, elles sont devenues très peu nombreuses. Mais on peut espérer la reconstitution d’une colonie dans les environs.

6. Espèces protégées. La disparition de la mare aurait des conséquences sur plusieurs espèces qui dépendent du rapport entre la mare perchée et la friche et qui contribuent à l’intérêt du site, comme la rousserolle effarvatte, le triton alpestre, le crapaud commun… Le cantonnement éventuel d’autres espèces serait aussi en cause (bruant des roseaux…).

Mentionnons en particulier le crapaud accoucheur, une espèce inscrite à l’annexe 4 de la directive européenne « Habitats ». Depuis l’arrêté de 2007, l’habitat de cette espèce est explicitement protégé. Or, la population d’accoucheurs sur le site, et singulièrement autour de la mare perchée, semble se renforcer (cette espèce vit surtout à terre et utilise des terriers mais a besoin de l’eau de la mare pour se reproduire).

7. Intérêt « paysager ». La mare perchée constitue une « entrée » très (trop !) prisée à la zone naturelle. Elle offre une belle ambiance (le bruit du vent dans la roselière !) et des spectacles fort appréciés : la vie d’une famille de poules d’eau, la visite de canards, des hérons pêchant (ou perché dans les arbres alentour), des martinets buvant en plein vol, des libellules s’accouplant, etc. Elle est devenue un haut lieu du romantisme et de la photographie locale.

 

Sommaire II/ Une mare n’en remplace pas une autre…

Si l’on engage une réflexion sur le réaménagement des mares du site des Beaumonts, il faut tenir compte de ce qu’une mare n’en remplace pas une autre, notamment quand sa localisation est différente.

1. Transformer la mare perchée en milieu humide ? On peut discuter des avantages et désavantages de la transformation de la mare perchée en « zone humide » nécessitant moins d’eau. La faisabilité est à vérifier. L’un des grands problèmes est l’envahissement et le piétinement humain. La seule « défense » de la mare et de son milieu « humide » est qu’elle est en eau. Il faudrait créer des défenses artificielles efficaces pour protéger un milieu humide.

Autre danger : l’évolution naturelle d’un tel milieu est le processus « d’atterrissement ». Les roseaux se couchent, les saules prennent la place et finissent de pomper toute l’eau. C’est-à-dire que l’entretien d’une zone humide, en cet endroit, demanderait en fait beaucoup de travail.

2. Mares du milieu et du bas. Les deux autres mares de la zone naturelles sont (étaient) elles aussi intéressantes. Elles peuvent être mieux adaptées que la mare perchée pour certains batraciens ou libellules. Ce serait bien de rétablir la fontaine et de recréer la mare du milieu. Leur apport à la zone naturelle est précieux. Mais vu leur taille (beaucoup plus petite) et leur situation (encaissée pour la mare du bas), elles ne remplacent pas le rôle multiple de la mare perchée.

3. Création d’une mare en contrebas (à mi coteau). Pour la collecte d’eau, créer une mare au pied du coteau fait sens. Cette position risque de poser aussi quelques problèmes : nombreux déchets venant de la pente, concentration de polluants liés aux traitement de la pelouse, pression humano-canine renforcée…

Par ailleurs, une mare en contrebas recevrait par gravitation les graines et végétaux de la pente, ce qui annonce une colonisation végétale différente de celle de la mare perchée (qui dépend plus du vent). Une telle mare pourrait certes constituer un apport spécifique, mais il faudrait alors déterminer des objectifs biologiques compatibles avec l’emplacement choisi et la taille possible de la mare.

A priori, son potentiel biologique serait nettement moins riche que celle de la mare perchée (et donc elle ne la remplace pas) : difficile d’approche, environnement immédiat fournissant peu d’alimentation (insectes) et de protection (végétation), plus faible ensoleillement, éloignement de la friche (quelles espèces vont monter le talus pour rejoindre le plateau ?), etc.

L’aménagement d’une mare supplémentaire pourrait être un plus pour le site des Beaumonts dans son ensemble, en enrichissant une zone actuellement assez pauvre. Mais pour renforcer son potentiel, il faudrait probablement réaménager son environnement : création d’un nouvel espace « naturel » ?

 

Sommaire III/ Remettre en perspective

La mare perchée ne pourra pas simplement être laissée en l’état : le système d’imperméabilisation mis en place il y a dix ans ne va pas durer éternellement. On peut se préparer à la « réparer » ou, au contraire, à « reconstruire » une « nouvelle » mare sur d’autres fondements techniques, plus durables et efficaces. C’est une autre question que celle de son déplacement (qui risque en fait de signifier en réalité sa disparition : la disparition de ce qu’elle apporte de spécifique).

Les choix sont à replacer dans le cadre du site et de la politique de la ville. Revenons ici sur trois points.

1. La conception initiale de la zone humide. Quand « l’espace naturel » des Beaumonts a été aménagé, la « zone humide » a été conçue comme un tout : un chapelet de trois mares (perchée ou « du haut », à la fontaine ou « du milieu », de Brie ou « du bas ») reliées par un ru avec un circuit fermé partiel (de l’eau devant être occasionnellement pompée de la mare du bas vers la mare perchée).

Le système n’a jamais bien fonctionné : pas assez d’eau dans la mare du bas pour alimenter significativement la mare du haut, disparition du ru en certains points… Mais la conception d’ensemble est intéressante : le chapelet de trois mares biologiquement complémentaires, des zones humides temporaires le long d’un ru intermittent, un parcours paysager original, romantique et agréable, une « frontière » naturelle contribuant à protéger la zone centrale de la pénétration…

Cela serait intéressant de repartir de cette conception d’ensemble de la « zone humide » de « l’espace naturel » pour la réintégrer à une politique plus globale de réaménagement du site, quitte à la modifier en tenant compte des échecs et de nouvelles données.

2. Des réaménagements plus amples ? S’il est envisagé de constituer des « espaces naturels » en d’autres points du parc des Beaumonts (du côté du cimetière ?), il faudrait en tenir compte pour penser l’équilibre et la complémentarité des zones humides.

3. La politique de l’eau de la ville. Si l’on discute de la politique de l’eau dans une ville comme Montreuil (coûts, restrictions et économies…), la mare perchée n’est qu’une donnée très secondaire. En dehors des périodes de canicule, le coût financier et en ressource reste modeste – surtout relativement aux autres coûts (nettoyage des rues avec de l’eau de ville, etc.).

Sur le plan « éthique » (économie d’une ressource : l’eau), il est plus important de s’attaquer en grand au gaspillage (fuites de robinets, de canalisations, etc.), plutôt que de sacrifier une autre « ressource » (bien plus rare en milieu urbain) les mares. Notons en passant que les arguments qui pousseraient à sacrifier la mare perchée des Beaumonts vaudraient aussi pour celle de Montreau et autres pièces d’eau de la ville.

Sur le plan politique, enfin, on ne devrait pas opposer l’économie de la ressource « eau » à la protection de la biodiversité (et de la diversité paysagère) – c’est-à-dire opposer deux « biens communs » de la population. Les grands enjeux de l’eau sont ailleurs : gestion privée ou municipale, circuit unique ou pas de la distribution de l’eau, luttes contre les pollutions, etc.

 

Sommaire IV/ Projets, aménagement, financement

Tout ceci ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’attaquer à la question de l’alimentation en eau de la mare perchée. Du triple point de vue financier, de la ressource eau et de la biodiversité, on a intérêt à réduire l’apport en eau de ville et à augmenter l’apport en eau de pluie (biologiquement de bien meilleure qualité).

Plusieurs pistes sont possibles, comme le stockage en citernes de l’eau de pluie collectée en particulier des toits, ou l’élargissement du « bassin versant ». Plus généralement, dix ans après l’aménagement initial, une série de travaux doivent être menées sur le site pour garantir sa pérennité et sa richesse. La mairie a pris à ce sujet des engagements dans la durée quand elle a reçu les financements initiaux. Des engagements renforcés par le recensement sur le site d’espèces qui entrent dans les indicateurs Znieff et par l’intégration du parc dans le réseau Natura 2000 du 93.

Il y a dix ans, l’aménagement de la « zone naturelle » (par ailleurs fort peu coûteux) avait été pour l’essentiel couvert par des subventions. Les travaux de 2 322.000 F TTC ont été supportés par la ville de Montreuil à hauteur de 20 % HT, par l’AREV (40 % HT), par le conseil général (30 % HT) et par la Diren : 10 % HT et 22 % TTC avec notamment les études préliminaires inclues.

Depuis, du point de vue de « la nature en ville », loin de se démentir, l’intérêt du site des Beaumonts s’est accru. Il devrait donc être possible de trouver de nouveaux financements pour un aménagement d’étape, aujourd’hui bien nécessaire. La « zone naturelle » souffre en effet de grandes discontinuités dans le suivi et la gestion – et d’une absence de vision politique à moyen terme.

L’alimentation en eau n’est pas le seul problème. Mentionnons notamment (liste non limitative) : le contrôle des plantes envahissantes (renouée, robinier, érable…), le maintien de la diversité des couvertures végétales (zones de végétation rase…) et la lutte contre l’emboisement spontané, une meilleure protection de la friche centrale et des mares de la pénétration humaine, l’enrichissement des lisières, le suivi de l’évolution des populations végétales et animales pour favoriser les espèces les plus originales, une meilleure insertion de la « zone naturelle » dans l’ensemble du parc (et vice-versa)…

Profitons de l’occasion pour rappeler que le comité de suivi qui devait aider à évaluer régulièrement l’évolution du site et à faire des propositions pour sa gestion n’a jamais vu le jour – ce qui est bien dommage.

Les choix concernant la mare perchée et, plus généralement, la zone humide de « l’espace naturel » ne sont donc que des éléments d’une politique d’ensemble pour le site des Beaumonts.

Pierre Rousset 
[Email]

Mis en ligne sur le site d’Europe solidaire sans frontières le 11 juillet 2008
Sommaire