Beaumonts nature en ville


Lettre aux candidats à la mairie de Montreuil et réponses de deux des listes by beaumonts

En tant que « scientifiques » nous souhaitions connaitre des candidats des différentes listes en présence pour les élections municipales leur position sur le parc des Beaumonts et le maintien ou la préservation de la biodiversité.

Vous trouverez ci-dessous notre lettre ainsi que les deux seules réponses que nous avons reçues avant le premier tour des élections.

Notre lettre:

A l’intention des candidats aux prochaines élections municipales de Montreuil sous bois

Beaumonts Nature en Ville, le 5 mars 2014

Groupe de naturalistes montreuillois affiliés à Beaumonts Nature en Ville, nous sommes particulièrement sensibles à la préservation de la biodiversité floristique, fongique et faunistique, surtout en milieu urbain.

Grace aux compétences et à la ténacité de l’un d’entre-nous une partie du parc des Beaumonts a été classée Zone Natura 2000 selon la directive oiseaux.

Certaines espèces particulièrement rares en île de France y sont observées chaque année. Le parc possède également des plantes et insectes qui bénéficient du statut de protection en Île de France.

Rien n’est jamais acquis définitivement et l’évolution des milieux nous le prouve en observant entre autre la fermeture des milieux prairiaux et la progression des plantes ou arbres invasifs.

Si nous sommes maintenant écoutés par les services techniques municipaux, il nous semble que durant ces dernières années les moyens attribués au maintien de la biodiversité aux Beaumonts n’ont pas été à la hauteur des enjeux écologiques.

Certes le projet de réaménagement de la mare perchée est positif mais arrive bien tardivement alors que nous avions insisté sur cette priorité il ya déjà pas mal d’années.

Sur un autre plan, certains d’entre nous ont été l’objet d’incivilités, surtout avec quelques riverains dont les chiens perturbent la faune.

Nous avons à plusieurs reprises insisté sur la nécessité de disposer sur le parc d’au moins une personne chargée de la médiation et capable de présenter l’intérêt de la biodiversité aux riverains.

Nous regrettons que l’équipe municipale actuelle n’ait pas encore mis en place cet emploi et nous souhaitons que la liste qui sera élue prochainement prenne toutes les dispositions pour poursuivre le dialogue avec les diverses associations et s’engage fermement à mettre les moyens nécessaires tant à l’entretien du parc qu’à la pédagogie vis-à-vis du public.

Nous souhaiterions connaitre le point de vue de votre équipe sur cette question avant les élections municipales.

Pour le groupe des naturalistes de BNeV :

André Lantz  et Thierry Laugier : entomologistes

Réponses des candidats  (par ordre chronologique des réponses)

1) réponse de la liste ELIREMONTREUIL

Bonsoir,

Merci pour votre courriel et l’attention que vous portez à la démarche d’Elire Montreuil.

Vous sollicitez le point de vue de notre liste concernant le Parc des Beaumonts.

Vous avez raison, ce parc est une pépite qu’il faut protéger…et mieux faire connaître des habitants.

Comme pour les Murs à Pêches, nous devons comprendre que les Montreuillois sont pour beaucoup des « citadins à 100% » et qu’un travail pédagogique d’ampleur à leur intention doit être mené pour les inciter à pénétrer dans les espaces verts de notre ville sans y être uniquement amenés par la nécessité d’y promener leur animal de compagnie.  

Nous pensons, par exemple, que la réforme des rythmes scolaires doit être vue comme un outil permettant de proposer de telles sensibilisations sur les citoyens de demain.

D’une manière générale, d’autres initiatives (culturelles notamment) doivent être envisagées pour rendre toujours plus attractifs nos magnifiques parcs, sans évidemment nuire à la biodiversité qu’ils concourent à préserver en zone urbaine.

Je crois que vous partagerez ce constat et comprendrez de nos propositions que le travail collaboratif et pédagogique que vous évoquez fait donc écho à nos ambitions de médiation à destination des Montreuillois.

Cordialement

Mouna Viprey

Elire Montreuil

 2) Réponse de la liste Montreuil anticapitaliste et solidaire

Nous vous remercions d’attirer l’attention des candidates et candidats aux municipales sur l’importance du parc des Beaumonts de Montreuil. Avec ses pelouses, son « espace naturel » et ses boisements de coteaux, il offre en effet une diversité de milieux trop peu fréquente en zone urbaine.

Nous vous remercions aussi d’étudier la biodiversité floristique, fongique ou faunistique de ce parc et de mettre à la disposition de toutes et tous le résultat de vos observations. Il est rare  d’avoir ainsi librement accès à une telle information. 

Tout en offrant des habitats et des ressources alimentaires importantes aux espèces adaptées aux milieux urbains, il en accueille d’autres, plus campagnardes, qui y nichent ou y hivernent, ainsi que des espèces spécifiquement protégées (notamment des insectes), voire parfois très rares, comme vous le soulignez. Un pouillot brun observé cinq jours durant dans la roselière de la mare perchée, ce n’est pas banal : une première pour l’Ile-de-France !

Les animaux sont plus difficiles à voir au parc des Beaumonts que dans une ferme pédagogique, mais ils sont sauvages : un îlot de nature en pleine ville. Les enfants notamment peuvent apprendre beaucoup de leurs comportements, des rapports entre espèces et milieux, du passage des saisons, des migrations… Encore faut-il qu’ils apprennent que les têtards ne sont pas des jouets vivants, gratuits et « cassables » à volonté.

Vous relevez un point d’importance, en notant l’absence sur site d’une personne capable d’introduire aux usagers le parc, son originalité et sa biodiversité – à l’origine, trois emplois avaient été créés à cette fin et un seul paraît trop a minima – ; un travail qui n’est pas celui des jardiniers. De même, le réseau des parcs classés Natura 200 doit bénéficier de moyens permettant de contrôler effectivement l’évolution des milieux pour éviter leur banalisation et leur emboisement, une perte de biodiversité, un appauvrissement des paysages.

Nous pensons qu’il est notamment nécessaire de :

• Restaurer les trois postes salariés créés à l’origine et dédiés à l’entretien du parc, au suivi naturaliste et à la relation avec les publics

• Financer suffisamment l’entretien du mobilier du parc et la propreté, aujourd’hui en recul.

• Etendre favoriser une « gestion douce » et écologique, dé-mécanisée, y compris dans les espaces ornementaux.

• Créer une maison du parc destinée à accueillir des activités d’éducation à l’environnement pour les scolaires et le grand public, avec l’embauche d’animateurs en conséquence. 

• Développer la trame verte sur tout le territoire de Montreuil, reliant le Parc des Beaumonts aux autres espaces naturels de la ville, pour la circulation de la faune, de la flore, et des promeneurs. 

Il est de bon ton, aujourd’hui, de célébrer la nature en ville. La « gestion appropriée » du parc des Beaumonts a connu, depuis 1998, des hauts et des bas, des avancées et des reculs.  Les années qui viennent vont être très importantes pour l’avenir du site. Nous vous appuierons dans votre combat.

Bien à vous,

Montreuil anticapitaliste et solidaire (MAS) 

 

André Lantz et Thierry Laugier, le 29 mars 2014



Printemps hâtif by beaumonts

Des printemps qui ne se ressemblent pas!

En 2013 Il était particulièrement tardif et cette année il est bien hâtif.

 Si l’on compare les sorties de quelques uns de nos rhopalocères, en 2013 le premier paon du jour (Aglais io) avait été observé le 25 mars en 2013 alors qu’en 2014 il volait le 8 mars.

Paon du jour, 11 mars 2014, cliché André Lantz

Paon du jour, 11 mars 2014, cliché André Lantz

Chenille du Paon du jour, 28 août 2013, cliché André Lantz

Chenille du Paon du jour, 28 août 2013, cliché André Lantz

Pour le Robert-le-Diable (Polygonia c-album), plusieurs individus volaient cette année dès le 8 mars alors qu’en 2013 un seul exemplaire avait été vu le 7 avril ! 

Robert-le-Diable butinant des fleurs de prunellier, 16 mars 2014, cliché André Lantz

Robert-le-Diable butinant des fleurs de prunellier, 16 mars 2014, cliché André Lantz

Parmi les noctuelles, l’Orthosie du cerisier  (Orthosia cerasi) était sortie le 21 février. Comme la majorité des noctuelles, l’imago vole uniquement la nuit et peut s’observer sur les murs des habitations en journée. C’est une espèce commune dont la période de vol débute en février et se termine en mai. Cette espèce est univoltine (une seule génération par an). La chenille se développe sur les arbres caducifoliés.

Chenille de l'Orthosie du cerisier sur Erable, 21 avril 2011, cliché André Lantz

Chenille de l’Orthosie du cerisier sur Erable, 21 avril 2011, cliché André Lantz

 

Imago de l'Orthosie du cerisier, 21 février 2014, cliché André Lantz

Imago de l’Orthosie du cerisier, 21 février 2014, cliché André Lantz

 Le Ptérophore commun (Emmelina monodactyla) est plus facile à identifier sur un mur que dans la végétation où il passe totalement inaperçu. Cette espèce est nocturne et attirée par les lumières.

 

Ptérophore commun, 11 mars 2014, cliché André Lantz

Ptérophore commun, 11 mars 2014, cliché André Lantz

La petite tortue (Aglais urticae), qui n’avait été revue qu’en 2013 (année à petites tortues selon  les observations réalisées par Naturparif) a été observée par Thierry Laugier les 8 et 9 mars dernier. Un exemplaire un peu defraîchi volait sur les sentiers ensoleillés du parc ce 16 mars.

Petite tortue au soleil, 16 mars 2014, cliché André Lantz

Petite tortue au soleil, 16 mars 2014, cliché André Lantz

Un autre imago butinait les fleurs de prunus le 19 mars

 

Petite tortue, le 19 mars 2014, cliché André Lantz

Petite tortue, le 19 mars 2014, cliché André Lantz

 

Enfin les premiers imagos du Tircis (Pararge aegeria tircis) venaient d’éclore en sous-bois. En 2013 j’avais observé les premiers adultes le 19 avril et en 2012 le 16 mars.

Tircis venant d'éclore, 16 mars 2014, cliché André Lantz

Tircis venant d’éclore, 16 mars 2014, cliché André Lantz

Tircis , ailes étalées, 16 mars 2014, cliché André Lantz

Les diptères sont souvent moins sensibles aux conditions thermiques pour sortir et polliniser les premières fleurs

Les premiers syrphes ont déjà fait leur apparition en février. Dès le 10 février volait aux premiers rayons de soleil le syrphe ceinturé (Episyrphus balteatus). C’est une espèce migratrice qui remonte du sud plus tardivement. Un grand nombre d’individus se déplacent aussi vers le sud en automne, mais ce sont des individus des générations ultérieures. Des femelles fécondées hibernent sur place et ressortent aux premiers beaux jours.

Syrphe ceinturé, 10 février 2014, cliché André Lantz

Syrphe ceinturé, 10 février 2014, cliché André Lantz

 Le syrphe du groseillier (Syrphus ribesii) butinait déjà les fleurs de prunellier.

Syrphe du groseillier, 11 mars 2014, cliché André Lantz

Syrphe du groseillier, 11 mars 2014, cliché André Lantz

Une petite mouche Suillia variegata voletait en sous-bois également à la date du 10 février.

Suillia variegata, 11 février 2014, cliché André Lantz

Suillia variegata, 11 février 2014, cliché André Lantz

Dans le même genre se trouve la mouche de la truffe noire (en réalité il y a plusieurs espèces du genre Suillia inféodées aux truffes) qui est attirée par son odeur car sa larve se nourrit de ce champignon ascomycète mycorhizien (Tuber melanosporum).

 La nervure costale de l’aile est caractérisée par de nombreuses épines.

Les larves du genre Suillia sont coprophages, saprophages et surtout mycétophages. Les adultes résistent bien à des températures basses et on peut donc les observer en hiver.

La Scathophage stercoraire, mouche du fumier ou mouche à merde (Scatophaga stercoraria) est très velue d’une belle couleur jaune. Elle porte pour cette raison également le nom moins commun de mouche à toison jaune. L’adulte capture de petites mouches pour son repas et les larves de cette espèce se nourrissent d’autres larves d’insectes coprophages.

Scatophage stercoraire mâle, 1 mars 2014, cliché André Lantz

Scatophage stercoraire mâle, 1 mars 2014, cliché André Lantz

 

Scatophage stercoraire mâle, 1 mars 2014, cliché André Lantz

Scatophage stercoraire mâle, 1 mars 2014, cliché André Lantz

Enfin n’oublions pas non plus l’apparition des jeunes araignées dans le parc. Plusieurs juvéniles de la pisaure admirable (Pisaura mirabilis) profitaient des rayons du soleil en cette douceur printannière.

Pisaure admirable, 1 mars 2014, cliché André Lantz
Pisaure admirable, 1 mars 2014, cliché André Lantz

Cette année les 24h de la biodiversité organisées par le Conseil Général se Seine-Saint-Denis se dérouleront les Samedi 14 juin et Dimanche 15 juin.

Réservez déjà ces dates sur vos agendas.

 André Lantz, le 16 mars 2014